Abderrahmane Naceur / Recueil de poésie / Cicatrices (suite...)
02/07/2014 10:40
A dix ans
Mon silence chante le soileil, le ciel bleu,
Naceur Abderrahmane
Cicatrices
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« Nous sommes debout pour témoigner
pour gratter la plaie
jusqu'à la santé...»
Jean Senac
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1/
Culture
JE SUIS
le potier
aux mains liées
JE SUIS
le peintre aux yeux bandés
JE SUIS
le marathonien
aux pieds entravés
JE SUIS
le comédien
à la parole interdite
JE SUIS
le journaliste à la plume confisquée
JE SUIS
le poète au cri étouffé
JE SUIS
l'artisant de la liberté
en liberté surveillée.
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2 /
Soleil noir
Je te hais Soleil Noir
Tu appartiens
au voleur et au volé
à la victime et au bourreau
Je te hais Soleil Noir
Tu grilles les taudis
dessèches les corps affamés
fais pousser le gazon
Je te hais Soleil Noir
Tu es la risée des neiges éternelles
la hantise des terres du Sahel
le paradis de la jeunesse
l'enfer de la vieillesse
Pourquoi,
Soleil
Noir ?
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3 /
Colères
C'est la symphonie guerrière :
Montagnes calcinées,
Jardins de mon rêve détruits,
Paradis de mon espoir effacé,
La colère de blanc se colore.
Il y a la colère
De l'enfant qui a perdu son jouet
De l'agent noyé dans un embouteillage
Du contrôleur de bus face aux resquieurs
De l'élève contre le maître injuste
Du maître contre le cancre
Mais il y a UNE colère
Blanche comme neige
Permanente comme le mouvement de la Terre
De l'homme qui a faim
De l'innocent qui crie justice
Du mort que les vivants trahissent
Des vivants qui ne veulent pas trahir.
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4 /
Algérois
Je suis Algérois,
Pour ou hors-la-loi,
C'est selon, Parfois,
Mes amis et moi,
Tristes et sans joie,
Evoquions la foi, Qui sema l'effroi
De Belcourt à Troyes
Je suis Algéois,
Prolétaire-roi. Casbah qu'on rudoie
Le soleil est froids.
Tu vécus, ma Troie.
Le noir que je broie
Est de bon aloi,
Casbah qu'on chuchotte
Dans la baie se noie !
Je suis Algérois,
Hais les passes-droits,
Ragez, ô étroits
D'esprit. Maladroit,
Je n'ai que ce droit,
Suis-je Hors-la-loi ?
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5 /
La boucle
A dix ans
Tout sourit
A vingt ans
Tout fleurit
A trente ans
Tout mûrit
A quarante ans
Les souvenirs émergent de l'oubli
A cinquante ans
On a trente ans
A soixante ans
On a vingt ans
A soixante dix ans
On a dix ans.
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6 /
Le pouvoir du silence
Mon silence chante le soileil, le ciel bleu,
Les plaines verdoyantes du Haut Chélif,
Aîn Sefra et son crépuscule fugitif
Alger la Blanche, ses fontaines, sa banlieu
Mon silence chante le jasmin, son parfum,
Blida la coquette et ses orangeraies,
Les vallons semés de ble, au beau moi de mai,
Les écoliers sur les chemins tôt le matin.
Mon silence chante Ghardaîa la Sainte,
Tizi-Ouzou la fière et ses complaintes,
Aroudj, Rais Hamidou et leur vaillance.
La mère, en silence, pleure le fils, parti
Avec Novembre se venger le Juillet offensé.
Mon silence se joint à son long silence.
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7 /
Ma rue
Dans ma rue,
Enfants, nous jouions à la guerre,
Epées, fusils et cimetières,
En bois, très noble matière
Que travaille si bien nos pères,
Subjuguèrent nombre d'adversaires.
Dans ma rue,
Adolescents, nous faisions la guerre,
Les couteaux, hors des vestiaires,
Pourchassaient les tortionnaires.
Abondonnant nos soeurs, nos mères,
La patrie devint un enfer ?
Ma rue,
Chaque novembre murmure
Le nom des héros sans mesure,
Au Juillet remit sa parure
Et aux paras toutes ordures.
A jamais, il faut qu'elle dure.
Ma rue,
A chaque pluie perd sa parure.
Que m'importe les conjonctures
Et les cités qu'on inaugure !
Son oubli est une blessure
Et sa destruction une injure.
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8 /
La déesse stérile
Ali courait
Le ciel crachait la mort
La terre se gorgeait de sang
Les joujoux des officiers
Brûlaient
Tuaient
Et Ali courait
Pieds nus
Pleurant et riant
Tombant et se relevant
Sur terre comme au ciel
La mort
Cette déesse stérile
Régnait
Gloire aux héros obscurs
La déesse stérile est vaincue
Et Ali court toujours
Au nom de la pacification
Qui était loi
Et justice
Et civilisation
La déesse stérile enfanta la folie
Ali court.
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9 /
A chacun
Un riche a
L'argent qu'il aime
La puissance qui le protège
Un aventurier a
Les intrigues qu'il aime
Les chantages qui le protègent
Un arriviste a
La brosse qu'il aime
Des maîtres qui le protègent
Un enfant pas perdu a
Une mère qui l'aime
un père qui le protège
Un enfant perdu a
La rue qu'il aime
Les arcades qui le protègent
Un combattant a
La liberté qu'il aime
La montagne qui le protège
Un pauvre a
Le pain qu'il aime
La solidarité qui le protège
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10 /
Les vagues et le temps
Passent les vagues
Sur mes pas imprimés sur le sable
Passe le temps
Sur mon enfance volée
Passent les vagues
Et le temps
Sur le Bouhired « suicidé »
De la terrasse précipité
Sur le Ben M'Hidi « suicidé »
Les pieds et les poings liés
Sur l'Allendé « suicidé »
Le dos de balles troué
Sur Lumumba et sur le « Ché »
Sur l'adolescent
Et Mahfoud le Docker
Et les vagues exhument le temps.
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11 /
Actuel zéro
La bassesse, je l'ai bravée,
Et l'orpheline élevée.
Sur les sales et noirs pavés,
Le sang de Mai reste gravé.
Dans ma blanche ville terne,
Prince est le subalterne.
Pour un droit, tu te prosternes :
Au lampiste la lanterne.
Dans notre triste univers,
Point de place pour les beaux vers.
Force est au dinar pervers,
Et bénis soient les revers.
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12 /
L' Étendard du vide
Parler d'amour et de vie douce
D'humanisme et d'internationalisme
Parler de tout
En général, en gros,
Et oublier la peite Houria
Et le jeune Said qui,
De pain, d'eau, de soleil,
Ont faim et soif,
Crevant doucement mais sûrement
Sur les trottoirs de la honte
Et fermer les yeux sur le cadavre
de l'Africain
Et supprimer une page blanche
Et.
Allez braves gens
Dormez en paix, faites de beaux rêves
Alors que la Paix est emprisonnée
Alors que l'épée de la Justice est brisée
Dormez en paix braves gens
Et après votre doux sommeil
Vous aurez récupéré des forces nouvelles
Inutilement nouvelles
Qui vous permettront de brandir allégrement
L'Etendard
Du vide.
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13 /
L'angoisse
L'angoisse
C'est le jour froid sans pain
L'angoisse
C'est l'attente du matin
L'angoisse
C'est le réveil de l'orphelin
L'angoisse
C'est l'amour cherché en vain
L'angoisse
C'est la fa ce Caîn
L'angoisse
C'est juste d'être humain.
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14 /
Les dits du Prince
Et le prince crie :
--- Où es-tu MA jeunesse ?
Le peuple sourit :
--- Noyée dans vos promesse,
Votre seigneurie
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15 /
Les deux dés de la vie
Est qui y a-t-il
Au bout de la route ?
Tu viens avec un cri.
Tu pars en soupir.
Entre le cri
Et le soupir,
C'est le conditionnement,
C'est le carcan qu'on t'impose.
Entre le cri
Et le soupir,
C'est la prise de conscience,
C'est Ta lutte pour Ta liberté,
C'est l'effort mortel pour la vie.
Et qui y a-t-il
Au bout de la route ?
Deux dés
Dieu avec D majuscule
Et le diable avec d minuscule.
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16 /
Gros rien
Nous avons voulu refaire le monde
Ils ont réveillé la bête immonde
Nous avons voulu un monde meilleur
Ils ont multiplié les malheurs
Nous avons construit des barrages
traqué la rage
Nous avons fait nôtre le message
Ils sont restés sages
De tous les biens
les leurs leurrent
Ils
Ils ne sont pas nous
Ils ont
Ils sont
un gros rien
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17 /
Je le jure
Par les pas lourds du paysan
Par les pas gracieux de la danseuse
Par les pas maladroits du bébé de treize mois
Par la soif du désert
Par la soit du blessé
Par la soif de l'ignorant
Par le prix du pain
Par le prix du sel
Par le prix du sang
Par les absentsq
Par les présents
Par les torturés trahis
Par le NOUS de toi et moi
Je le jure
De t'aimer
d'être toi
Ô LIBERTÉ.
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18 /
Ali
Ali souffre
Le ciel lugubre crache la mort...
La terre, à chaque orore,
Du sang des Frères se colore.
Ali souffre.
Calfeutrés, lesétats-majors
Au nom de la paix tricolore,
Par leurs actes se déshonorent.
Ali souffre.
A coups de pied, à coups de crosse,
L'ennemi, toujours plus féroce, Jouit de son spectacle atroce.
Ali souffre.
Ni la gégène, ni les faits qu'endossent
Tous les innocents que l'on rosse,
Ne feront du pur-sang un rosse.
Ali souffre.
Si tout deviendrait un jour conte,
Que dans la paix l'on raconte :
Ali vit, témoigne, Et honte
Aux dégénérés, lâches pontes,
Ali souffre.
Car les petits seigneurs précoces
Assaisonnement avec leur sauce
La Liberté et leur négoce.
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19 /
Consils de ...... lâche
Il conseillait :
Tant qu'il y aura la peur
Tant que les prisons regorgent d'innocents
Tant que la mort foudroie injustement
TAIS - TOI
Il précisait
Tant que l'enfant de faim meurt
Tant que le vieillard d'irrespect souffre
Tant que la veuve par la calomnie cède
TAIS - TOI
Il sussurait
Quand la vie sera radieuse au paysan
Quand la maison sera accueillante à l'étranger
Quand la tolérance habitera les coeurs
Quand la bonté remplacera la méchanceté
Quand la révolution triomphera
Quand...
Un million et demi de morts
Lui répondirent
Ce jour - là personne n'aura besoin de toi
TAIS - TOI
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20 /
Tam-Tam
Dans ma tête bat le tambour de la révolte
Le soleil des vivants ne réchauffe plus les morts.
Dans ma tête courent les rêves de mon enfance
Enfance du Quartier des Bouchers
Enfance des plages interdites
Aux Chiens
Aux Arabes
Enfance du Commissariat du Port
De son mitard noir et froid
Dans mon coeur s'épanouit l'espoir de mon enfance
Comme la rose rouge
Chaud comme le sang de Guelma
Violent comme la colère des dockers de Bab-ed-Dzia,
Par mes mains se construit le village rasé
sont lavés les murs de ma ville souillée
sont semés les champs minés
Sont protégés les enfants dans leurs nids cochés.
Mais dans ma tête bat encore
Le tambour
La lutte n'en fini plus.